NO LOVE LOST

And I know, there's something down there, sugar soul.

08.11.09

I just want my sailor to sail back to me.

    Je lis The Sorrows of an American, Siri Hustvedt. Ça ressemble un peu à Paul Auster, dans ce que ça a de complexe, de fantastique et réaliste à la fois. Et on sait, dès le début, que tout ne sera pas expliqué, on le sent – simplement parce que dans la vie, certaines choses n'ont pas d'explication simple, n'ont pas une seule explication.
    Si j'essaie de revenir à la base de ce que je veux faire, le projet d'écriture d'hommage à ma mère et de tentative d'explication, je me rends bien compte qu'il ne faut pas que je perde de vue cette vérité des choses trop complexes ou ambivalentes (mutivalentes ?). C'est un projet important pour moi. Alors peut-être que ça va prendre du temps, certainement qu'il faudra que je corrige, ajoute, supprime, mais ça ne veut en aucun cas dire que je cours à l'échec : c'est la complexité du projet qui exige cela.
    Hier quand j'ai appris à mes collègues et compatriotes que j'écrivais un livre, l'une d'entre elles m'a dit qu'une de ses amies avait déjà écrit plusieurs livres, qu'elle ne les estimait pas beaucoup mais que les personnes à qui elle les avait fait lire (dont mon interlocutrice elle-même) avaient trouvé ça vraiment bien, même si ça ne ressemblait pas vraiment à un livre qu'on achète en librairie. Je veux que mon livre ressemble à quelque chose qu'on achète en librairie. Je veux que les gens paient pour le lire. Je ne veux pas faire de merdes fantastiques que tout le monde peut écrire.
    Ce livre, The Sorrows..., est vraiment intéressant. En fait, c'est le genre de livre que je voudrais faire, à propos de la mémoire, des choses de la vie. Même si je voudrais me concentrer sur une seule histoire, et si je voudrais, aussi, donner un maximum de clés sans jamais dévoiler la solution ou signifier qu'il n'y a qu'une seule solution. Je crois que je peux le faire si j'écoute suffisamment mes sentiments. Pour moi, c'est un sujet inépuisable. Évidemment, c'est un travail de longue haleine.
    Je m'en rends compte avec l'écriture de la troisième partie, qui relate toute la complexité de l'histoire : comment les années changent la nature même des événements, comment le passé est simplement une idée, et pas une collection de faits. Toute la complexité de Marie apparaît, et Soledad, tout à coup, est derrière un voile, insaisissable. Malgré le côté fastidieux de mon travail, il y a des moments où je l'aime vraiment. J'aime me lancer dans un paragraphe et diverger, parler de ce qui me vient à l'esprit, essayer de saisir la nature du sentiment. J'ai l'impression que mon histoire est vivante à l'intérieur de moi, parfois, quand je fais cela.

-- Journal d'écriture, 8 novembre

J'aime me dire que mon livre c'est ce qui me tient à la vie, je veux dire à la vraie vie, ce qui me permet d'être vivante, réceptive à tous les instants, ce qui fait que ma vie est utile, qu'elle est dirigée vers quelque chose. C'est la version brillante. La vérité, c'est que mon livre est ce que j'appelle un alibi social. Ce qui me permet de mépriser en toute impunité toutes les personnes qui vivent, heureuses ou pas, une vie vide ou remplie, et qui, à des moments, se demandent à quoi elles servent. Mon livre, c'est ce qui me permet de savoir à quoi je sers. Et j'y crois.
Mais évidemment, ce serait mieux si je passais moins de temps à y croire et plus de temps à écrire. Je sais.

Je crois qu'on est parti pour un post du dimanche soir. Le genre je suis d'humeur pantouflarde, je parle avec des gens sur MSN, je viens de manger du pain toasté avec des œufs brouillés au Red Leicester et chilli powder, une nouvelle semaine m'attend mais ce qui m'attend, surtout, pour l'instant, c'est mon lit douillet. J'écoute un disque qui semble épaissir l'atmosphère, la multiplier par deux, à savoir The Greatest par Cat Power.

Ten desert island albums:
1. Stories from the City, Stories from the Sea (PJ Harvey)
2. The Libertines (The Libertines)
3. Splitting the Atom (Sonic Youth)
4. The Greatest (Cat Power)
5. Tapestry (Carole King)
6. The Trinity Session (Cowboy Junkies)
7. Barbed Wire Kisses (The Jesus and Mary Chain)
8. Loveless (My Bloody Valentine)
9. Souvlaki (Slowdive)
10. Let It Bleed (Rolling Stones)
(Il y en a d'autres, mais ce sont les premiers qui me viennent à l'esprit.)

Aujourd'hui je suis allée faire un tour en ville. J'ai acheté un lot de paires de chaussettes représentant des cupcakes pour ma mère, et un calendrier 2010 représentant des jardins anglais pour mes grand-parents. Il y aura d'autres choses, mais mon budget maximum  pour noël est de £10 par personne (mes grand-parents comptent comme une seule personne).

Hier soir, soirée dans notre pub favori (nous avons pratiqué une série de tests, et celui-ci a obtenu nos faveurs en raison de son emplacement, de sa décoration, de son atmosphère, de sa musique et de sa clientèle). En l'honneur de Guy Fawkes, il y avait un barbecue et des feux d'artifice.
Je suis ici depuis un mois et demi. C'est bizarre de le formuler et c'est bizarre quand on me demande si je suis bien installée. Dans ma tête, j'ai toujours vécu ici. V. me fait remarquer que je dis "on" quand je parle des habitants de G. Oui, j'ai toujours vécu ici, près de la Tamise, de Londres et de villages à la beauté incroyablement émouvante -- au pays du fromage qui a du goût sans pour autant rebuter par son aspect et son odeur.
Hier J. et moi avons découvert notre goût commun pour les Dresden Dolls et subséquemment chanté a cappella le premier couplet de Coin-Operated Boy. Parfois (rarement), je rencontre des gens et je me demande pourquoi je ne suis pas comme eux. Pourquoi je ne suis pas végétarienne. Pourquoi je n'ai pas ce style qui paraît sophistiqué le jour, décontracté le soir mais jamais déplacé. Pourquoi je n'ai pas fait mes études à Berlin. Pourquoi je n'ai pas un petit-ami américain. Pourquoi je ne fais pas de la peinture sur mes sacs à main. Tout à coup, hier soir je me suis dit que si ça se trouve on allait devenir amies.
L'autre jour après que le coiffeur l'ait massacrée elle est venue directement frapper à ma porte. Pas pour se plaindre. En fait on a bien rigolé.
Hier soir. On a attendu une éternité pour nos veggie burger et veggie sausage dans le froid anglais. J'avais mes nouveaux collants bleu canard.
Quand Ls. vient nous rejoindre devant la maison pour partir en ville, elle finit toujours en discussion avec L., en français, et J. et moi parlons anglais de notre côté. Pardon.
Des petites filles s'exclamaient, impatientes, après chaque bouquet de feux d'artifice : "Is that the end?" Pas parce qu'elles regrettaient, mais manifestement parce que leurs parents leur avaient fait comprendre qu'elles devraient trouver ça beau, et que ce n'était pas le cas. Quelque chose comme ça.
S. et D. sont passés dans la soirée.
J'ai observé les mouvements du visage de Ls. Voyez vous, j'étais à la fac avec cette fille. Je l'ai remarquée parce qu'elle était très belle, mais nous n'avons jamais été proches. Et elle se retrouve dans la même ville que moi, à faire le même job que moi. Ça rapproche. Elle a un visage parfait, un style discret qui la met en valeur, elle parle anglais avec un accent américain copié sur les séries.
Il y avait aussi L. Une fille sympa. Le genre de fille sympa qu'on rencontre partout. Mais sympa, hein.
Je me couche avec un agréable sentiment d'ivresse. Ici les soirées commencent dès que la nuit est tombée. Et ces jours-ci elle tombe très tôt. Résultat, vous rentrez chez vous à minuit et vous avez l'impression qu'il est quatre heures du matin. Le lendemain vous vous levez à dix heures et vous avez presque toute la journée devant vous.
Presque toute la journée pour ne rien faire. J'ai quand même réussi à trouver un article du Monde qui parle de Dominique de Villepin pour mes élèves. Ça me rappelle une récente conversation téléphonique.

-- On a parlé de politique, et j'étais toute seule contre trois.
-- Tu veux dire qu'elles sont de gauche ?
-- Tu veux dire que je suis de droite ?

Cat Power · The Moon

Posté par Adamantine à 21:09 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

03.11.09

You can't break me down.

Premier jour dans mon établissement secondaire non-sélectif. Je travaille là cinq heures par semaine le mardi, deux heures un lundi sur deux. Contrairement à ce que je m'imaginais, ce n'était pas affreux. Certes, l'ambiance est très différente de celle de la grammar school, mais ce n'est ni une prison ni une garderie. En fait ça ressemble pas mal au lycée dans lequel j'étais moi-même il y a peu d'années. Mon boulot c'est de prendre de petits groupes de deux à cinq élèves et de parler avec eux entre cinq et vingt minutes (selon les niveaux) à propos de leurs cours. Je reformule : mon boulot, c'est de ne rien foutre dans un bureau rien qu'à moi. Personne ne s'attend à ce que mon travail apporte quoi que ce soit aux élèves, ni à l'établissement, ni à personne. Je suis juste là. Je suis payée plus de seize livres de l'heure. Il y a une Française de mon âge qui prépare le PGCE dans les classes, son travail consiste à observer le déroulement des cours. C'est plutôt fun.
J'arrive dans la classe de Year 7 (sixième). Le prof me présente : "This is [insert real name here]. She comes from France to make you practice your conversation skills." Petits visages émerveillés, j'ai même entendu un "How cool !" L'avantage de travailler dans un lycée de pauvres, c'est que pour eux la France est un pays très exotique, la plupart d'entre eux n'y ayant jamais mis les pieds.
A part ça, en vrac :
- Je me retrouve de l'autre côté de la barrière. L'accent français merdique pour faire rire les copines, c'est nettement moins marrant quand on est prof. Il faudrait leur faire comprendre que c'est beaucoup plus ridicule que l'accent français. Ce sont surtout les filles qui font cela. Les garçons sont très corrects avec moi. Je crois que je les impressionne un peu. La puberté, tout ça.
- Une des filles m'a offert un bonbon.
- A la récré des dizaines de mouettes viennent bouffer les restes de goûter que les gamins balancent n'importe où. J'ai peur des gros oiseaux et c'est un enfer quand je dois sortir à ce moment-là.
- Sur les murs des salles il y a des mots peints en français. Probablement pour stimuler l'apprentissage. Sauf que c'est plein de fautes. Mais c'est pas comme si les gamins savaient écrire correctement dans leur propre langue .
- Sur un mur on peut aussi lire, au stylo cette fois : "Mr [...] [mon tuteur] is gay. Write your name if you got sent out." Et y a beaucoup de noms.

The Clash · (White Man) In Hammersmith Palais

Posté par Adamantine à 18:10 - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

27.10.09

Attack of the 60ft Lesbian Octopus.

-- And there's another French TV show called Sous le soleil, which means "under the sun", again as if the South of France was the place where winter never comes. It takes place in St Tropez.
-- I think I heard about it.
-- I think it sells well abroad because it's St Tropez, and everyone wants to be there.
-- I don't. I want to be
here.

La campagne anglaise, parfois, ça vous met les larmes aux yeux tellement c'est beau.
Hier j'ai préparé genre un kilo de barres de céréales à l'abricot. C'est largement meilleur qu'au supermarché, ça ne coûte rien et n'importe quel débile peut les réussir, moi comprise. Et ça se conserve longtemps au frigo. Je ne sais pas pourquoi, mais depuis que je suis ici je n'arrête pas de cuisiner des trucs. Cuisine tout équipée, vie d'adulte, je sais pas. J'ai acheté ce livre et je m'en sers tout le temps.
Aujourd'hui j'ai refusé d'aller faire du shopping à Londres avec ma colocataire favorite. Pourquoi ? Haha, parce que j'ai déjà dépensé mon budget shopping pour au moins trois mois alors que je suis ici depuis un mois seulement. (Si tous les magazines, y compris le Vogue national, font des numéros de type "More Dash Than Cash", c'est parce que n'importe qui ici peut être bien habillé pour pas cher. Contrairement à ce qu'il se passe en France.) Et parce que... j'ai un livre à écrire. Je suis censée en être à la rédaction de mon dernier chapitre. Ce qui ne signifie absolument pas que mon livre est bientôt fini : seulement que j'ai bientôt fini la première rédaction.
Ce matin je suis allée traîner à la bibliothèque locale. J'ai une belle carte à mon nom avec le glorieux cheval emblème du Kent dessus, c'est déjà ça, mais je ne sais pas trop comment je vais tenir un an avec leurs stocks. Ils ont un rayon chick lit, un rayon crime, et même un rayon de livres en panjabi, mais ils n'ont ni Aldous Huxley ni Samuel Richardson. Je ne parle même pas des grands auteurs étrangers. C'est triste à dire mais je crois que comparés aux Britanniques, les Français sont très ouverts aux autres cultures. C'est peut-être la clé à l'excentricité britannique : les autres, ils s'en tamponnent.
L'autre jour C. me disait qu'elle racontait quelque chose à propos du roi de son pays (l'Espagne), et que l'un de ses collègues s'est écrié "I didn't know you had a king!"
Mais bon, c'est le pays de Cadbury et de Topshop, c'est pas comme si on voulait qu'ils changent.

Comme j'anticipe la demande populaire, voici la recette des
BARRES DE CEREALES A L'ABRICOT
Il faut :
- une petite boîte de lait concentré non sucré (environ 200g)
- 4 cuillères à café de miel
- 3 cuillères à soupe de jus de pomme
- un quart de bloc de beurre (environ 60g)
- 4 cuillères à soupe de sucre (moi j'en ai mis deux, mais bon)
- 3/4 de mug de raisins secs
- 1 mug 1/3 d'abricots secs, coupés en morceaux
- 1 mug de noix de coco râpée
- 2 mugs de flocons d'avoine

1. Chauffer le lait avec le miel, le jus de pomme, le beurre et le sucre dans une casserole jusqu'à ce que le beurre ait fondu. Retirer du feu.
2. Ajouter progressivement tous les autres ingrédients et bien mélanger.
3. Graisser un plat d'environ 18*28 cm. Y mettre la mixture en appuyant bien pour tout tasser au fond.
4. Mettre au frigo jusqu'à ce que ce soit ferme, puis couper en barres. Garder au frigo dans une boîte en plastique hermétique.

Parce que la bouffe c'est rock'n'roll. La prochaine fois je vous expliquerai comment courir vite sur des talons hauts grâce à l'alcool.

Glasvegas · Flowers & Football Tops

Posté par Adamantine à 12:34 - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

21.10.09

I see it, I believe, somehow I know it's true. Your genetic kiss to me, I'll live inside of you.

So maybe what I said before, about how listening to too many records messes your life up . . . maybe there's something in it after all. David Owen, he's married, right? He's taken care of all that, and now he's a big-shot diplomat. The guy who came into the shop with the suit and the car keys, he's married too, and now he's, I don't know, a businessman. Me, I'm unmarried -- at the moment as unmarried as it's possible to be -- and I'm the owner of a failing record shop. It seems to me that if you place music (and books, probably, and films, and plays, and anything that makes you feel) at the centre of your being, then you can't afford to sort out your love life, start to think of it as the finished product. You've got to pick at it, keep it alive and in turmoil, you've got to pick at it and unravel it until ot all comes apart and you're compelled to start all over again. Maybe we all live live at too high a pitch, and as a consequence we can never feel merely content: we have to be unhappy, or ecstatically, head-over-heels happy, and those states are difficult to achieve within a stable, solid relationship. Maybe Al Green is directly responsible for more than I ever realized.

-- Nick Hornby · High Fidelity

Posté par Adamantine à 21:48 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

19.10.09

Teaching Material.

Je n'ai jamais été scolarisée dans une école sélective. Les gens qui sont contre ce principe pour des questions financières ou (pire) humanistes n'ont manifestement jamais vécu le début de scolarité que j'ai vécu. Non seulement c'est difficile de s'intégrer quand on est une petite fille timide à qui ses parents n'ont jamais appris à dire ne serait-ce que "s'il vous plaît" et "merci", mais imaginez la situation si en plus la petite fille a dix-neuf sur vingt de moyenne dans toutes les matières. Toutes ? Non, pas le sport, évidemment. C'est super d'avoir dix-neuf de moyenne, d'ailleurs j'aimerais que ce soit toujours le cas quand je reprendrai mes études pour le master, mais... ce n'était pas ce que pensaient mes petits camarades. Il s'est passé de longues années durant lesquelles je me suis sentie très mal à cause de ça, parce que personne ne voulait vraiment de moi pour cette raison. Je ne passais pas mes journées à travailler, les profs n'étaient même pas mes amis. C'était juste trop facile. Même si je l'avais voulu, je n'aurais pas su comment planter un contrôle de maths en sixième.
La France n'a pas cette pratique barbare de l'examen d'entrée au collège à onze ans. En Grande-Bretagne, si vous êtes dans le top 20% des résultats à cet examen, vous avez  le droit d'effectuer votre scolarité secondaire dans une grammar school. Sinon, il ne vous reste plus que la comprehensive school. Le système n'est donc pas vraiment divisé entre privé et public, même si il y a ça, aussi. La grammar school est souvent plus chère, mais comme il est avantageux pour les bonnes écoles d'avoir un maximum de bons élèves, il existe certaines facilités pour ceux qui n'ont pas les moyens. Dans mon école par exemple, je connais une fille de terminale plutôt douée mais de famille pas très riche qui a le droit d'étudier dans l'établissement en échange de menus travaux d'entretien qu'elle effectue pour celui-ci.
Ayant, depuis que je suis ici, rencontré une grosse poignée d'autres assistantes (je vous ai dit que l'assistant au masculin était une sorte de légende ? J'ai parlé à l'un d'eux une fois, en formation, mais je me demande si ce n'était pas une hallucination, car leur existence n'a jamais été prouvée), j'ai déjà eu l'occasion d'entendre des histoires toutes plus horribles les unes que les autres à propos d'alcoolisme adolescent, de grossesses précoces et d'incapacité à dire comment on s'appelle en français en terminale. Surprise, rien de tout ça n'arrive dans mon lycée. Premièrement, comme je l'ai dit, c'est un lycée sélectif. Secondement, j'ai uniquement affaire à la sixth form (première et terminale), donc à des élèves qui ont choisi de garder le français comme matière pour le A level (le bac). (En Grande-Bretagne, la year 11 ou upper fifth (seconde) marque la fin de la scolarité obligatoire. En première et terminale, si vous choisissez de rester au lycée (les collèges et lycées sont un seul établissement) pour le bac, vous devez choisir trois matières au minimum à passer. Ça peut être l'anglais, le français, les maths, toutes les matières qu'on a chez nous, mais aussi la psychologie, la politique ou la religion par exemple.) Laissez-moi vous dire que je travaille dans une ambiance idéale. Laissez-moi vous dire que si j'avais eu la possibilité d'étudier dans un tel établissement, peu de chances que je sois passée par des périodes punk et gothique, étant donné que je n'aurais pas eu grand-chose contre quoi me rebeller.
Parce que l'égalité pour tous, ce n'est pas forcément rabaisser les meilleurs au niveau moyen, voire plus bas quand les derniers ne peuvent pas suivre. Je dis ça pour avoir connu des classes où on ne finit jamais le programme de l'année pour cause de dissipation et de questions connes intempestives.
J'adore travailler avec ces gamins. Je dis gamins pour ne pas avouer qu'ils ont peut-être le même niveau que moi dans la plupart des matières, y-compris celles que j'ai continuées à la fac. Non pas que seuls les plus doués méritent d'être aidés. D'ailleurs, si je fais une deuxième année d'assistanat (oui, j'y pense déjà), je songe à demander une autre affectation, histoire de voir des choses différentes, quand même. Mais c'est tellement agréable de travailler ici.
Je regarde ces gamins qui n'ont pas l'air d'avoir trop de problèmes... Evidemment, pour réussir le fameux test d'entrée à onze ans, et donc pour avoir été mieux instruit que les autres jusque-là, il faut souvent venir de familles aisées. Même si j'étais la meilleure à onze ans alors que ce n'était pas mon cas. Il y a des petites-filles de sénateurs péruviens, des filles qui ont vu toutes les villes des Etats-Unis, d'autres qui sont quasiment trilingues à dix-huit ans. Certains élèves travaillent l'après-midi (les cours se terminent à 15:40, pas comme l'arnaque qu'on a en France qui faisait que je passais toutes mes fins d'après-midi à dormir parce que j'étais vraiment fatiguée après huit heures de cours), tous font diverses activités du genre musique, danse, équitation, théâtre, peinture. Ils veulent devenir avocats, professeurs, médecins. Moi, quand j'étais au collège, j'étais entourée d'enfants qui voulaient reprendre le garage ou la vigne de papa. Ensuite, au lycée, la plupart de mes amis faisaient des arts plastiques et avaient pour projet de vivre comme des hippies pour le restant de leurs jours.
Inutile de vous dire que je vais au travail en dansant.

Pendant que j'y pense : si quelqu'un vous demande où en est mon livre, dites-lui que je ne suis pas là.

Sonic Youth · Hot Wire My Heart

Posté par Adamantine à 16:55 - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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